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06 septembre 2008

Photobiographies

Photobiographies, c'est un livre de Jérôme Bonnetto et Claire Legendre qu'on vient de découvrir, grâce à Arnaud Genon qui en parle ici. Des photos servent de points de départ à de courts textes de fiction qui racontent, à travers quelques voyages à Prague, Vienne ou Budapest l'histoire d'un couple de jeunes écrivains. C'est un travail sur le pouvoir romanesque des photos, commencé en 2004 par une exposition au théâtre de l'Alphabet, à Nice : Imaginez un fou condamné à prendre 26 photos par jour pendant trois ans. Le projet deviendra ensuite un livre, publié aux éditions Hors-Commerce en 2007. On peut en lire un extrait ci-dessous, et deux autres sur le site de Jérôme Bonnetto.
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Prague, été 2004. La femme avait surgi au coin d'une rue, et nous avions échangé un clin d'œil. « Une patronne de Maison Close ? » proposa Jérôme. « Non…une touriste italienne en vacances ! » me récriai-je. « T'es pas drôle ! » me reprocha-t-il. On tourna derrière elle et, presque instinctivement, nous commençâmes à la suivre, comme un jeu. Elle portait à la main un grand sac, sa démarche nous laissait supposer qu'il était lourd. « Un stock de strings pour les putains de son bordel » proposa Jérôme qui suivait son idée. « Des lingots d'or » proposai-je. « De la dynamite pour faire sauter l'hôtel Europe », « Une quincaillerie sado-maso »… « C'est un travelo, regarde ses épaules. Elle a pas de fesses… » Elle entra dans un immeuble. « Elle va voir son amant », « son mac ». « Elle va livrer des documents top-secrets à des espions russes ». « Non, à la Mafia russe ! » On se mit d'accord sur la Mafia russe, et on se posta devant l'immeuble pour attendre, en devisant sur notre découverte. La femme ressortit au bout d'un quart d'heure, son sac semblait plus lourd encore, elle ne le portait plus sur l'épaule, mais à bout de bras. Nous riions de plus belle, comme des touristes en vacances, insouciants d'être entendus. Elle se retourna et nous fusilla du regard. Elle tourna vers la place Venceslas. Une limousine rose et blanche, à l'effigie d'un cabaret kitsch, se gara devant elle. Un homme en sortit, qui se dirigea tout droit sur nous, en fronçant les sourcils il articula : « Go away ! » On détala sans se concerter vers une rue moins fréquentée. Au bout de cent mètres, on s'arrêta, essoufflés. La femme avait poursuivi son chemin. L'homme ne nous avait pas suivis. Quelques secondes plus tard, un Cabaret de la place Venceslas explosa, tuant au passage 17 personnes. « La Mafia russe » analysa Jérôme, en regardant le journal télévisé.

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