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30 septembre 2008

Amelia's world

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Feathers, 2007

Robin Schwartz mène, depuis plusieurs années, un travail avec sa propre fille dont elle essaye de saisir le rapport, fait de mystère et de légendes avec le monde animal. Amelia's world est d'abord un livre qui vient de paraître aux Etats-Unis, édité par Tim Barber grâce à la fondation Aperture. Ces images doneront lieu à une expositon personnelle en février 2009, à la Point of View Gallery, à New York. La photographe insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas de documents mais de mondes inventés, un accès aux rêves qu'elles partagent en tant que femmes, filles uniques toutes les deux, intimes d'un monde animal où résonnent contes et légendes, amies d'animaux qui sont devenus des confidents autant que des compagnons de solitude.

Women in Photography : Robin Schwartz

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Investigation, 2007

26 septembre 2008

Obsessed with women

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© Nobuyoshi Araki

« Araki Nobuyoshi a souvent déclaré que son oeuvre de photographe, à ses yeux, n'avait commencé vraiment qu'avec la publication en 1971 de Senchimentaru na tabi (Voyage sentimental), un livre édité par ses soins et dans lequel il avait recueilli les images amoureuses de sa toute nouvelle vie avec sa femme Yoko, et que, par ce livre, débutait son watakushi-shôsetsu avec lequel se confondaient son oeuvre, sa vie. Il est donc légitime de considérer que la brève lettre adressée par l'auteur au lecteur et par laquelle commence cet ouvrage a valeur de préface placée en tête de tout le long roman à venir d'Araki. »

Philippe Forest, Araki enfin - L'homme qui ne vécut que pour aimer. Gallimard, 2008.

Araki pose comme postulat que la photographie est « l'obscénité par excellence, un acte d'amour furtif, une histoire, un roman à la première personne ».

Jérôme Sans : Why are you obsessed with women in your photographic work?
Nobuyoshi Araki : I think that all the attractions in life are implied in women. There are many essential elements: beauty, disgust, obscenity, purity ... much more than one finds in nature. In woman, there is sky and sea. In woman, there is the flower and the bud ...

Araki, Edition Taschen, Limited édition

Site d'Araki

 

22 septembre 2008

La pensée, l'émotion (I)

C'est un texte de Michel Foucault à propos des photographies de Duane Michals. Un texte important, publié une première fois dans le catalogue de l'exposition Duane Michals au Musée d'art moderne de la ville de Paris (1), et plus récemment dans les Dits et écrits II, 1976-1988 (Quarto Gallimard, 2001).
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La pensée, l'émotion 

Je sais qu'il ne convient pas de raconter une photographie. A n'en pas douter, c'est le signe qu'on est peu habile à en parler; car de deux choses l'une : elle ne raconte rien et le récit l'altère; ou, si elle raconte, elle n'a nul besoin de nous. Pourtant, les photos de Duane Michals me donnent l'indiscrète envie d'en faire le récit, comme on a envie maladroitement de raconter ce qui ne peut l'être : un plaisir, une rencontre qui n'a pas eu de lendemain, une angoisse déraisonnable dans une rue familière, la sensation d'une présence étrange à laquelle nul ne croit guère, et moins encore ceux à qui on la raconte.

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Patrick Tsai & Madi Ju, My Little Dead Dick

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Patrick Tsai & Madi Ju, My Little Dead Dick, 1/192

Ils sont jeunes, amoureux et publient, sur le net, le journal photographique de leur histoire. Patrick Tsai est né en 1981 et Madi Ju en 1983. Tous les deux résident à Pékin. Patrick a étudié le cinéma et la vidéo à Los Angeles et Madi le français à l'université de Guang Dong. Après ses études, Patrick déménage à Taipei et fait des photos, quand Madi crée le magazine online "After17". Un certain jour de l'été 2006, Patrick et Madi découvrent  simultanément leurs travaux sur internet. Il y a des histoires d'amour qui commencent par des rencontres virtuelles, ils le savent et intrigués par cette complicité naissante, ils se contactent. Leurs échanges de textes et de photographies durent un mois, avant qu'ils ne se rencontrent, tombent amoureux, quittent leurs emplois, s'installent ensemble et voyagent.

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14 septembre 2008

Utilisez la photographie comme une arme

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JOHN HEARTFIELD (1891-1968), a réalisé plus d'une centaine de collages publiés dans la revue AIZ (Die Arbeiter-Illustrierte-Zeitung) entre 1930 et 1938, ainsi que des couvertures d’ouvrages, de revues et de tracts, conçus ou illustrés par l’artiste pour les éditions Malik (Berlin). L’essentiel du fonds est actuellement conservé dans la collection de l’Instituto Valenciano de Arte Moderno en Espagne (IVAM). Aux documents édités s’ajoutent douze photomontages originaux appartenant aux collections de l’Akademie der Künste à Berlin.

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08 septembre 2008

Alix-Cléo Roubaud

Alix-Cléo Roubaud était photographe. Ses photos, comme son journal, sont au coeur de Quelque chose noir, un livre de Jacques Roubaud et du dernier film de Jean Eustache, Les photos d'Alix. Le film est un simple dialogue de 18 minutes où Alix Cléo Roubaud, amie intime de Jean Eustache, commente ses photos à Boris Eustache. Le jeune homme la questionne et ne sait pas trop quoi répondre : en effet, à mesure que le film avance, le lien entre ce qu'Alix décrit et ce que nous avons sous les yeux apparaît de plus en plus séparé des mots de la jeune femme, comme si image et parole s'écartaient l'une de l'autre.
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Alix-Cléo Roubaud, Si quelque chose noir

En 1979, Jacques Roubaud rencontre Alix-Cléo Blanchette, photographe, qui deviendra sa femme. Cette rencontre suit de peu la destruction que le poète accomplit du Projet de poésie qui l’a occupé jusqu’à lors ; la description de ce Projet, très incomplète, qui paraît en 1979 dans le n° 9 des cahiers Mezura, participe en fait de la destruction. Il ne s’agit cependant pas d’une destruction absolue puisque sur ces décombres il faut, selon les mots mêmes du poète, « bâtir à nouveau », édifier un second Projet mû par amour, mais qui serait cette fois-ci un Projet réellement biipsiste, c’est-à-dire, l’œuvre de deux : la photographe et le poète.

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07 septembre 2008

Yannick Labrousse

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Yannick Labrousse - Au lycée - Rosie

Yannick Labrousse, photographe du collectif Temps Machine, avait publié l'an dernier certaines images dans le livre Au lycée, qui laissaient déjà soupçonner dans son regard une puissance narrative peu ordinaire. Il vient de réaliser une série intitulée Autofictions, images étranges pour raconter une errance entre chien et loup, une attente solitaire qu'on pourra consulter sur son site, en attendant une publication nécessaire : « Un corps seul, un dos, un profil, un regard, des paysages évanescents, des situations décalées ou étranges. Ce corps -mon corps- interroge, contourne, voire détourne les multiples sens des territoires.Je me mets en scène et me laisse entraîner dans une chorégraphie dirigée par le désir de voir plus loin. J’envisage le champ visuel comme un terrain de jeu et me livre, par ces performances, à un certain dépassement de soi, de moi. Ces images distantes, imaginaires, convoquant le fictif par leur narration, forment une aventure intime, une quête d’un autre « être au monde ».

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06 septembre 2008

Photobiographies

Photobiographies, c'est un livre de Jérôme Bonnetto et Claire Legendre qu'on vient de découvrir, grâce à Arnaud Genon qui en parle ici. Des photos servent de points de départ à de courts textes de fiction qui racontent, à travers quelques voyages à Prague, Vienne ou Budapest l'histoire d'un couple de jeunes écrivains. C'est un travail sur le pouvoir romanesque des photos, commencé en 2004 par une exposition au théâtre de l'Alphabet, à Nice : Imaginez un fou condamné à prendre 26 photos par jour pendant trois ans. Le projet deviendra ensuite un livre, publié aux éditions Hors-Commerce en 2007. On peut en lire un extrait ci-dessous, et deux autres sur le site de Jérôme Bonnetto.
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Prague, été 2004. La femme avait surgi au coin d'une rue, et nous avions échangé un clin d'œil. « Une patronne de Maison Close ? » proposa Jérôme. « Non…une touriste italienne en vacances ! » me récriai-je. « T'es pas drôle ! » me reprocha-t-il. On tourna derrière elle et, presque instinctivement, nous commençâmes à la suivre, comme un jeu. Elle portait à la main un grand sac, sa démarche nous laissait supposer qu'il était lourd. « Un stock de strings pour les putains de son bordel » proposa Jérôme qui suivait son idée. « Des lingots d'or » proposai-je. « De la dynamite pour faire sauter l'hôtel Europe », « Une quincaillerie sado-maso »… « C'est un travelo, regarde ses épaules. Elle a pas de fesses… » Elle entra dans un immeuble. « Elle va voir son amant », « son mac ». « Elle va livrer des documents top-secrets à des espions russes ». « Non, à la Mafia russe ! » On se mit d'accord sur la Mafia russe, et on se posta devant l'immeuble pour attendre, en devisant sur notre découverte. La femme ressortit au bout d'un quart d'heure, son sac semblait plus lourd encore, elle ne le portait plus sur l'épaule, mais à bout de bras. Nous riions de plus belle, comme des touristes en vacances, insouciants d'être entendus. Elle se retourna et nous fusilla du regard. Elle tourna vers la place Venceslas. Une limousine rose et blanche, à l'effigie d'un cabaret kitsch, se gara devant elle. Un homme en sortit, qui se dirigea tout droit sur nous, en fronçant les sourcils il articula : « Go away ! » On détala sans se concerter vers une rue moins fréquentée. Au bout de cent mètres, on s'arrêta, essoufflés. La femme avait poursuivi son chemin. L'homme ne nous avait pas suivis. Quelques secondes plus tard, un Cabaret de la place Venceslas explosa, tuant au passage 17 personnes. « La Mafia russe » analysa Jérôme, en regardant le journal télévisé.

05 septembre 2008

Cet arrangement né du désir et du hasard

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Sur la couverture, deux noms sont écrits côte à côte. Celui d'Annie Ernaux et celui de l'homme qu'elle a rencontré, Marc Marie, son amant le temps d'un livre, de mars 2003 à janvier 2004. C'est le livre d'un couple et non pas d'un duo, l'un ne s'est pas chargé du texte pendant que l'autre fabriquait les images, comme on fait d'habitude les livres photo. Non, ici ils sont tous deux aux textes et aux photos, maîtres d'une cérémonie amoureuse et sexuelle où les photos, au nombre de quatorze, enregistrent le fouillis d'habits et de chaussures jetés au sol avant l'étreinte, "cet arrangement né du désir et du hasard, voué à la disparition."

"De geste spontané, l'acte de photographier est devenu rituel." (1)

Les corps seront donc absents des clichés. La scène sexuelle qui a suivi l'abandon des vêtements n'est pas non plus racontée. C'est une autre scène qui se joue dans le temps des récits à deux voix, celle du cancer dont souffre Annie Ernaux, de la thérapie jusqu'à l'opération.

"Les photos mentent, toujours,"écrit-il au 25 décembre. (2)

"Ici je suis morte", semble-t-elle lui répondre. (3) Et la mort, la menace de la mort accompagne le rituel des amants, tout en lui conférant une profondeur romanesque qui inquiète, longtemps après la lecture achevée. "Durant plusieurs mois, nous ferons ménage à trois, la mort, A., et moi."(4) "Comme si l'écriture des photos autorisait celle du cancer. Qu'il y ait un lien entre les deux." (5) Si Annie Ernaux continue d'apparaître dans la presse, de publier d'autres livres après L'usage de la photo, c'est qu'elle a survécu à cette histoire. Les années, son dernier roman, devient alors l'ouvrage d'une survivante, et ses phrases y prennent la force des sentences, un caractère ultime et peut-être apaisé, un peu miraculeux. Son visage de femme aujourd'hui vient frapper, mis à nu, un visage en offrande.

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Pendant le temps, neuf mois, où se prenaient ces "photos amoureuses" (6), le corps d'Annie Ernaux "a été investi et photographié des quantités de fois sous toutes les coutures et par toutes les techniques existantes ( Mammographie, drill-biopsie du sein, échographie des seins, du foie, de la vésicule (...). J'en oublie sûrement)". L'expérience des "photos amoureuses", qu'elle prend plaisir à décrire et scruter, vient barrer l'invasion des clichés médicaux, qu'elle se refuse à voir.

Le livre ne raconte qu'une tentative, celle d'un dispositif amoureux de photos et de textes. Avec application, à force de désir et de patience, le fragile dispositif parviendra à écarter l'obsession de la mort : pouvoir de la photolittérature et des "organisations inconnues d'écriture." (7)

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(1) L'usage de la photo, folio, p. 41, la composition du couloir.
(2) L'usage de la photo, folio, p. 182, dans le miroir.
(3) L'usage de la photo, folio, p. 188, le paradoxe de la photo.
(4) L'usage de la photo, folio, p. 103, spectateurs accidentels.
(5) L'usage de la photo, folio, p. 76, les grandes vacances.
(6) L'expression "photo amoureuse" est prise au livre d'Hervé Guibert, L'image fantôme, Minuit, 1981
(7) L'usage de la photo, folio, p. 76, les grandes vacances.

04 septembre 2008

L'article de Libération sur les photos d'Avedon

Avedon, son requiem pour la mode

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Ce sont des photos de mode, incontestablement. Avec mannequin, coiffeur, maquilleur, studio, assistants, mise en scène, éclairages et vêtements parfaitement lisibles des plus grands faiseurs européens, américains et japonais, de JP Gaultier à Yohji Yamamoto en passant par Versace, Miyake, Gigli, Helmut Lang ou Armani, entre autres. Mais ce sont des photos de mode comme on n'en avait jamais vu : des photos qui règlent leur compte à et avec la mode.

Sur vingt-six pages, en couleurs, et en repoussant en fin de numéro les traditionnelles mentions de marque, de casting et d'équipe, The New Yorker, cette bible du chic littéraire, fait évenement là où on ne l'attendait pas. En effet, la mode n'est pas son souci principal et il n'y a que deux ans  que The New Yorker, traditionnellement enrichi de travaux d'illustrateurs et peintres prestigieux ose la "vulgarité" de la photographie. Ce fût l'une des révolutions apportées par Tina Brown, ancienne responsable de Vanity Fair, lorsqu'elle prit les rênes de la vénérable institution. Elle le fit naturellement, avec le maximum de classe, en prenant sous contrat d'exclusivité - pour le rédactionnel - Richard Avedon qui, à 70 ans, était en train de préparer sa grande exposition pour le Whitney Museum et sa monumentale Autobiography (1). On avait déjà pu voir, il y a un an, un impressionnant portfolio consacré au clan Kennedy qui était pour le moins radical et critique. En page 130 du numéro du 6 novembre commence ce qu'on nous présente comme une "fable par Richard Avedon" et qui s'intitule : A la mémoire de feu Monsieur et Madame Comfort. Ce qui explique que le protagoniste principal de ce récit, associé à la top model Nadja Auermann, soit un squelette. On pourrait penser que le procédé est un peu lourd si l'ensemble, outre son époustouflant contrôle de la forme, ne déclinait pas un ensemble de points de vue très violents qui s'en prennent tout simplement au système de la mode. Pour éviter toute complaisance, le photographe introduit son propos par une double page dans laquelle est stylisée une séance de prise de vue, face à une ancienne chambre photographique en bois dans laquelle le photographe, assis et muni d'un déclencheur souple, n'est autre que la mort en costume rayé et chapeau mou. On pourra ainsi voir, entre autres saynètes édifiantes, la mort allumant la cigarette du modèle avec des billets de cent dollars, la mort pénétrant violemment le mannequin dans un coin de porte (fuck the fashion ?), la mode attrapée au filet par la mort, la mode posant en veuve extravagante dans un univers dévasté devant une cheminée surmontée d'un crucifix desserti, la mode se mirant dans un miroir brisé qui, de l'autre côté de l'image, révèle simplement la mort pour une allégorie du futile indépassable rattrapé par l'inévitable échéance, avant un étonnant final où la mort, doigt pointé devant elle, chasse la mode vers un univers de lianes vertes. Cet exercice de style, parfaitement littéraire et qui laisse place à une seule image - sublime - de la belle jeune femme balayant, vêtue d'une robe rouge de Yamamoto, les feuilles mortes du temps, apparaît comme un règlement de comptes.

Avedon est devenu célèbre au travers de son travail pour la mode, lorsque, sous la direction d'Alexey Brodovitch, il s'imposa à partir de 1945, comme le photographe fétiche de Harper's Bazaar pendant vingt ans avant de collaborer à Vogue, Look ou Life. En 1978, une rétrospective de trente ans de mode, accompagnée d'un album qui fait toujours référence, consacrait une carrière unique et installait l'image - partielle et passablement fausse si l'on prend la peine de regarder l'ensemble de l'oeuvre - d'un Avedon superstar, jet-set et photographe "de mode". Son Autobiography, qui mêlait de façon impressionnante tous les aspects de son travail et qui est définitivement marquée par une obsession de la mort (on songe entre autres à une double page dans laquelle son père sur son lit de mort et un mannequin posant en studio ont exactement le même rictus), annonçait aussi l'actuelle publication. Depuis dix ans, les photos de mode d'Avedon n'ont été que des travaux commerciaux, entre autres pour Versace, qui a signé avec lui un contrat d'exclusivité pour ses campagnes mondiales. En décidant, à 72 ans, de régler ses comptes avec le milieu qui l'a rendu célèbre, Richard Avedon ne provoque pas, ne triche pas, ne fait pas un "coup". Il balance simplement ce qu'il a sur le coeur, ce qu'il pense vraiment de la mode et nous dit qu'il ne veut plus être une fashion victim.

Christian CAUJOLLE

Devinette accessoire mais non gratuite : pourriez-vous citer, dans le monde, cinq titres de magazines capables de consacrer 26 pages à un tel travail ?

(1) Editions Schirmer-Mosel