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27 juillet 2009

Jean-Christian Bourcart - CAMDEN, NJ : La beauté est dans la transgression

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CAMDEN, NJ

L'exposition de J.C. Bourcart aux Rencontres d'Arles allie des textes manuscrits aux images, punaisés au mur côte à côte. Les textes racontent avec précision le contexte et la situation dans lesquelles les photos ont été prises, ainsi que les relations et les dialogues qui peuvent accompagner la prise de vue. Parfois il y a du danger ("Cela semble absurde, mais j'ai juste cherché sur le Web "The most dangerous city in the USA"", raconte J.C. Bourcart dans le texte qui accompagne l'exposition.), parfois seulement de l'incompréhension mais les textes transforment l'image en micro-récit où intervient le photographe, sa fatigue et sa peur par exemple.

Dans un entretien réalisé avec Hélène Chouteau, Jean-Christian Bourcart donne cette définition un peu expéditive de la beauté : " Pour moi, la beauté est dans la transgression, le questionnement des interprétations, la conceptualisation de nos perceptions. Il faut être à la fois happé par la vie des images et en même temps, se rendre compte que ces dernières n’ont pas de fondement en elles-mêmes." (Catalogue du Jeu de Paume, 2007). Et c'est la sensation que parvient à donner l'accrochage d'Arles : On peut non seulement comprendre comment naissent les photographies, de quelle obstination et de quelle mise en danger, mais aussi qu'il s'agit d'un travail. On comprend mieux aussi le procédé qui opère pour qu'elles puissent ainsi nous happer. Le procédé est ancien, analysé par quantité d'ouvrages traitant de la photographie à tel point qu'on croit savoir exactement ce dont il retourne. L'effet de vérité n'est pas seulement un vieux concept usé jusqu'à la trame, c'est aussi l'effraction vivace d'une image à l'intérieur de nos pensées. Et que l'image soit ici accompagnée des mots qui en racontent la saisie lui donne une double face, un côté pile et un côté face qui en redoublent l'impact, élargissent la fissure nécessaire pour que ces visages et ces phrases puissent former une petite constellation mentale, une figure psychique capable de happer la pensée à l'intérieur de son orbite.

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10 mars 2009

Septième

 

 

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Lucie Pastureau, Septième

" En regardant l'image, je la textualise toujours de quelque façon, et en lisant le texte, je l'image. Ces actualisations sont innombrables : aucun texte n'a son image propre, aucune image son texte propre."

Jean-Luc Nancy, Au fond des images, Paris, Galilée, 2003, p.130

La démarche de Lucie Pastureau s’inscrit à travers la photographie et l’écriture, dans la recherche d’une distance utopique, d’une approche de l’autre et de son territoire intime.
Elle se place dans ces interstices de la confusion entre l’autre et soi, dans la recherche d’un point où se situer; entre l’enfance et l’adolescence, entre l’autre et soi, entre soi et soi.
Dans la confusion aussi, de par la nature même de la photographie, comme inscrite en elle, du document et de la fiction, de la recherche de ce moment où le récit s’installe, cette oscillation constante entre véracité et justesse.
La photographie apparaît alors comme un rituel de passage, d’ancrage du souvenir.
Aux frontières de l’intime et dans cette poussée qui du particulier fabrique l’universel, Lucie Pastureau photographie des instants, des à côtés, qui s’inscrivent dans une temporalité de l’ordinaire.

 

Histoires vraies

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Histoires vraies, les mises en scène photographiées de Delphine Balley semblaient annoncer, en 2006, une rigoureuse exploration du romanesque. Au fil des ans, son travail n'a pas dévié de sa première fascination. A partir du 12 mars 2009, elle expose d'autres chapitres des histoires vraies à Chambery, sur les cimaises de l'Espace Malraux.

Voici le texte qu'elle écrivait en 2006, à l'occasion des premières Histoires vraies :

Histoires vraies
(tirages lambda d'aprés négatifs sur papier Hannemuhle, formats divers)

« Durant la première phase de préparation, j’ai pris en note de nombreux faits divers rédigés sous forme de brèves, voire d’aphorismes. Félix Fénéon, chroniqueur au Matin, a été une source privilégiée, ainsi que le travail du poète américain Reznilkof. Toutes les histoires sélectionnées sont tirées de faits avérés mais réduits à l’essentiel.
« Après avoir fait le tri d’histoires vraies, et sélectionné les plus évocatrices à mon goût, j’ai dressé une liste de gens qui allaient me servir de comédiens : des inconnus croisés ici et là, des connaissances, des amis. Des gueules qui seraient la seconde matière première de ce travail de reconstition de faits divers.
« Du moment où j’ai eu les textes, réécrits pour les rendre toujours plus compacts, et un certain nombre d’acteurs d’accord avec la démarche de poser en assassins ou en maniaques, la troisième étape a été de repérer des lieux où auraient pu se commettre les histoires. Parfois il a semblé intéressant de conserver le sujet dans son intérieur, en accentuant certains détails. D’autres fois il était nécessaire de le sortir de son décor intime et de le remettre en scène ailleurs. Le travail sur la lumière a été particulièrement long et fastidieux, afin de faire coïncider l’atmosphère à ce que j’imaginais. Ma mère et Emmaüs ont été mes accessoiristes privilégiés.

« Si cette série ne s’intitule pas Faits divers mais Histoires vraies, c’est que je n’ai pas essayé de reconstituer le fait divers en lui-même, dans sa dimension spectaculaire. Au contraire, j’ai voulu ajouter à ces courts textes une image qui servirait d’indice, voire de preuve pour que les spectateurs puissent mener leur propre enquête. Les instants proposés ne représentent donc pas l’acmé de l’action, mais un avant ou un après dans l’action. On ne voit jamais le crime se commettre, mais le crime est présent quelque part, en amont ou en aval de l’image.
« Certaines photographies font nettement penser à des reconstitutions policières, avec des acteurs jouant le rôle des victimes. D’autres semblent au contraire tirées d’albums de famille, en tout cas réalisées avant le crime et comme plus tard ajoutées au dossier. Enfin certains clichés pourraient avoir pour origine le criminel lui-même, posant pour la postérité, le crime une fois commis – je pense notamment à la photographie de la Veuve noire.
« Tous ces clichés proposent une nouvelle dimension à l’histoire. Le texte et l’image se complètent pour permettre au spectateur de compléter le drame. »

Delphine Balley

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30 septembre 2008

Amelia's world

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Feathers, 2007

Robin Schwartz mène, depuis plusieurs années, un travail avec sa propre fille dont elle essaye de saisir le rapport, fait de mystère et de légendes avec le monde animal. Amelia's world est d'abord un livre qui vient de paraître aux Etats-Unis, édité par Tim Barber grâce à la fondation Aperture. Ces images doneront lieu à une expositon personnelle en février 2009, à la Point of View Gallery, à New York. La photographe insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas de documents mais de mondes inventés, un accès aux rêves qu'elles partagent en tant que femmes, filles uniques toutes les deux, intimes d'un monde animal où résonnent contes et légendes, amies d'animaux qui sont devenus des confidents autant que des compagnons de solitude.

Women in Photography : Robin Schwartz

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Investigation, 2007

26 septembre 2008

Obsessed with women

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© Nobuyoshi Araki

« Araki Nobuyoshi a souvent déclaré que son oeuvre de photographe, à ses yeux, n'avait commencé vraiment qu'avec la publication en 1971 de Senchimentaru na tabi (Voyage sentimental), un livre édité par ses soins et dans lequel il avait recueilli les images amoureuses de sa toute nouvelle vie avec sa femme Yoko, et que, par ce livre, débutait son watakushi-shôsetsu avec lequel se confondaient son oeuvre, sa vie. Il est donc légitime de considérer que la brève lettre adressée par l'auteur au lecteur et par laquelle commence cet ouvrage a valeur de préface placée en tête de tout le long roman à venir d'Araki. »

Philippe Forest, Araki enfin - L'homme qui ne vécut que pour aimer. Gallimard, 2008.

Araki pose comme postulat que la photographie est « l'obscénité par excellence, un acte d'amour furtif, une histoire, un roman à la première personne ».

Jérôme Sans : Why are you obsessed with women in your photographic work?
Nobuyoshi Araki : I think that all the attractions in life are implied in women. There are many essential elements: beauty, disgust, obscenity, purity ... much more than one finds in nature. In woman, there is sky and sea. In woman, there is the flower and the bud ...

Araki, Edition Taschen, Limited édition

Site d'Araki

 

22 septembre 2008

Patrick Tsai & Madi Ju, My Little Dead Dick

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Patrick Tsai & Madi Ju, My Little Dead Dick, 1/192

Ils sont jeunes, amoureux et publient, sur le net, le journal photographique de leur histoire. Patrick Tsai est né en 1981 et Madi Ju en 1983. Tous les deux résident à Pékin. Patrick a étudié le cinéma et la vidéo à Los Angeles et Madi le français à l'université de Guang Dong. Après ses études, Patrick déménage à Taipei et fait des photos, quand Madi crée le magazine online "After17". Un certain jour de l'été 2006, Patrick et Madi découvrent  simultanément leurs travaux sur internet. Il y a des histoires d'amour qui commencent par des rencontres virtuelles, ils le savent et intrigués par cette complicité naissante, ils se contactent. Leurs échanges de textes et de photographies durent un mois, avant qu'ils ne se rencontrent, tombent amoureux, quittent leurs emplois, s'installent ensemble et voyagent.

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14 septembre 2008

Utilisez la photographie comme une arme

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JOHN HEARTFIELD (1891-1968), a réalisé plus d'une centaine de collages publiés dans la revue AIZ (Die Arbeiter-Illustrierte-Zeitung) entre 1930 et 1938, ainsi que des couvertures d’ouvrages, de revues et de tracts, conçus ou illustrés par l’artiste pour les éditions Malik (Berlin). L’essentiel du fonds est actuellement conservé dans la collection de l’Instituto Valenciano de Arte Moderno en Espagne (IVAM). Aux documents édités s’ajoutent douze photomontages originaux appartenant aux collections de l’Akademie der Künste à Berlin.

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08 septembre 2008

Alix-Cléo Roubaud

Alix-Cléo Roubaud était photographe. Ses photos, comme son journal, sont au coeur de Quelque chose noir, un livre de Jacques Roubaud et du dernier film de Jean Eustache, Les photos d'Alix. Le film est un simple dialogue de 18 minutes où Alix Cléo Roubaud, amie intime de Jean Eustache, commente ses photos à Boris Eustache. Le jeune homme la questionne et ne sait pas trop quoi répondre : en effet, à mesure que le film avance, le lien entre ce qu'Alix décrit et ce que nous avons sous les yeux apparaît de plus en plus séparé des mots de la jeune femme, comme si image et parole s'écartaient l'une de l'autre.
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Alix-Cléo Roubaud, Si quelque chose noir

En 1979, Jacques Roubaud rencontre Alix-Cléo Blanchette, photographe, qui deviendra sa femme. Cette rencontre suit de peu la destruction que le poète accomplit du Projet de poésie qui l’a occupé jusqu’à lors ; la description de ce Projet, très incomplète, qui paraît en 1979 dans le n° 9 des cahiers Mezura, participe en fait de la destruction. Il ne s’agit cependant pas d’une destruction absolue puisque sur ces décombres il faut, selon les mots mêmes du poète, « bâtir à nouveau », édifier un second Projet mû par amour, mais qui serait cette fois-ci un Projet réellement biipsiste, c’est-à-dire, l’œuvre de deux : la photographe et le poète.

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07 septembre 2008

Yannick Labrousse

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Yannick Labrousse - Au lycée - Rosie

Yannick Labrousse, photographe du collectif Temps Machine, avait publié l'an dernier certaines images dans le livre Au lycée, qui laissaient déjà soupçonner dans son regard une puissance narrative peu ordinaire. Il vient de réaliser une série intitulée Autofictions, images étranges pour raconter une errance entre chien et loup, une attente solitaire qu'on pourra consulter sur son site, en attendant une publication nécessaire : « Un corps seul, un dos, un profil, un regard, des paysages évanescents, des situations décalées ou étranges. Ce corps -mon corps- interroge, contourne, voire détourne les multiples sens des territoires.Je me mets en scène et me laisse entraîner dans une chorégraphie dirigée par le désir de voir plus loin. J’envisage le champ visuel comme un terrain de jeu et me livre, par ces performances, à un certain dépassement de soi, de moi. Ces images distantes, imaginaires, convoquant le fictif par leur narration, forment une aventure intime, une quête d’un autre « être au monde ».

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06 septembre 2008

Photobiographies

Photobiographies, c'est un livre de Jérôme Bonnetto et Claire Legendre qu'on vient de découvrir, grâce à Arnaud Genon qui en parle ici. Des photos servent de points de départ à de courts textes de fiction qui racontent, à travers quelques voyages à Prague, Vienne ou Budapest l'histoire d'un couple de jeunes écrivains. C'est un travail sur le pouvoir romanesque des photos, commencé en 2004 par une exposition au théâtre de l'Alphabet, à Nice : Imaginez un fou condamné à prendre 26 photos par jour pendant trois ans. Le projet deviendra ensuite un livre, publié aux éditions Hors-Commerce en 2007. On peut en lire un extrait ci-dessous, et deux autres sur le site de Jérôme Bonnetto.
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Prague, été 2004. La femme avait surgi au coin d'une rue, et nous avions échangé un clin d'œil. « Une patronne de Maison Close ? » proposa Jérôme. « Non…une touriste italienne en vacances ! » me récriai-je. « T'es pas drôle ! » me reprocha-t-il. On tourna derrière elle et, presque instinctivement, nous commençâmes à la suivre, comme un jeu. Elle portait à la main un grand sac, sa démarche nous laissait supposer qu'il était lourd. « Un stock de strings pour les putains de son bordel » proposa Jérôme qui suivait son idée. « Des lingots d'or » proposai-je. « De la dynamite pour faire sauter l'hôtel Europe », « Une quincaillerie sado-maso »… « C'est un travelo, regarde ses épaules. Elle a pas de fesses… » Elle entra dans un immeuble. « Elle va voir son amant », « son mac ». « Elle va livrer des documents top-secrets à des espions russes ». « Non, à la Mafia russe ! » On se mit d'accord sur la Mafia russe, et on se posta devant l'immeuble pour attendre, en devisant sur notre découverte. La femme ressortit au bout d'un quart d'heure, son sac semblait plus lourd encore, elle ne le portait plus sur l'épaule, mais à bout de bras. Nous riions de plus belle, comme des touristes en vacances, insouciants d'être entendus. Elle se retourna et nous fusilla du regard. Elle tourna vers la place Venceslas. Une limousine rose et blanche, à l'effigie d'un cabaret kitsch, se gara devant elle. Un homme en sortit, qui se dirigea tout droit sur nous, en fronçant les sourcils il articula : « Go away ! » On détala sans se concerter vers une rue moins fréquentée. Au bout de cent mètres, on s'arrêta, essoufflés. La femme avait poursuivi son chemin. L'homme ne nous avait pas suivis. Quelques secondes plus tard, un Cabaret de la place Venceslas explosa, tuant au passage 17 personnes. « La Mafia russe » analysa Jérôme, en regardant le journal télévisé.